Wilfrid DE CONTI
Wilfrid DE CONTI
Temps de lecture: 8 mn environ
Illustration par Fanny Lamouroux

Bien choisir la couleur de son goodies n’est pas une mince affaire. La difficulté réside avant tout dans l’établissement d’une équivalence entre les couleurs visibles sur son écran et celles qu’une machine est capable d’imprimer. Voyons dans cet article comment fonctionnent les couleurs d’un point de vue théorique et nos conseils pour bien choisir la couleur de son goodies.

Pour éviter la partie théorique et passer directement aux conseils, vous pouvez cliquer ici.

Les bases pour bien comprendre les couleurs

Les couleurs que nous percevons sont associées à des longueurs d’onde de la lumière qui sont renvoyées par tous les objets qui nous entourent. En réalité, un objet « vert » renvoie à nos yeux une lumière qui correspond à la longueur d’onde du vert en ayant au passage absorbé toutes les autres longueurs d’ondes d’un rayon lumineux. Le monde qui nous entoure est donc constitué de matières qui absorbent certaines parties du spectre lumineux.

Voyons donc comment faire pour reproduire des couleurs grâce à des machines afin de se rapprocher au mieux du fonctionnement de nos yeux et de réaliser des goodies fidèles aux maquettes numériques.

Les bases : les systèmes RVB et CMJN pour reproduire les couleurs avec des machines

Dès notre plus jeune âge, nous apprenons rapidement à jouer avec les couleurs en commençant par la peinture. Sans le savoir, nous faisions déjà les physiciens à cette époque car nous faisions de la synthèse dite soustractive.

La synthèse soustractive :

C’est donc la synthèse soustractive que nous utilisions sans le savoir quand nous jouions à l’aide de nos petites mains d’enfants avec de la peinture.

Le principe est simple : chaque fois que l’on ajoute une nouvelle peinture, on rajoute un filtre qui vient supprimer une partie du spectre lumineux qui est renvoyé à l’œil. Par exemple :

  • Un filtre rouge laisse passer la lumière rouge mais absorbe la lumière complémentaire : le cyan, qui est un mélange de lumière bleue et verte
  • Un filtre vert transmet la lumière verte mais absorbe la lumière complémentaire : le magenta, qui est un mélange de rouge et bleu
  • Un filtre cyan laisse passer la lumière cyan (composée de bleu et de vert) mais absorbe le rouge, qui correspond à sa couleur complémentaire

Une peinture ou une encre agit donc comme un filtre qui absorbe la couleur complémentaire.

Cette synthèse est utilisée par les machines d’impression ou encore en photographie argentique.

La synthèse additive :

Cette fois-ci, il faut attendre le lycée général pour jouer avec la lumière et faire de la synthèse additive. Beaucoup moins drôle que de jouer avec de la peinture, jouer avec de la lumière permet néanmoins de voir l’invisible et de comprendre que la lumière « blanche » est en fait une superposition de toutes les couleurs. Vous avez cependant un souvenir de votre première découverte des propriétés incroyables de la lumière : lorsque vous avez vu votre premier arc en ciel qui est une décomposition de la lumière « blanche » du soleil.

La synthèse additive consiste à utiliser les 3 couleurs de bases qui sont perçues par nos yeux (à l’aide de cellules dédiées) – le rouge, le vert et le bleu – et à les superposer pour obtenir une couleur secondaire.

Ce type de synthèse est donc utilisé par les écrans.

Le système L*a*b* pour les couleurs réelles

Vous avez déjà sûrement remarqué des différences de couleurs entre votre écran et celui de votre collègue, ou entre votre écran d’ordinateur et celui de votre smartphone. Pourtant, vous avez pu vérifier que le fichier utilisé pour la comparaison était le même sur les deux appareils et issu du même code RVB. Ou pire, vous avez travaillé avec l’espace CMJN pour réaliser un flyer et lors de l’impression, vous vous rendez compte que la couleur n’est pas du tout la même que sur votre écran…

Ce phénomène est dû à des contraintes matérielles. Que cela soit à partir des pixels de votre écran, de vos cartouches d’encre ou du papier que vous utilisez, les couleurs diffèrent car les matériaux utilisés sont différents.

Les chercheurs du CIE (Commission Internationale de l’Éclairage) ont mené une étude statistique des couleurs perceptibles par l’homme et ont défini un espace de couleurs qui intègre toutes les couleurs théoriquement visibles par nos yeux :

Diagramme de chromacité (2D) et espace L*a*b* 3D – www.guide-gestion-des-couleurs.com

Une couleur est donc officiellement définie par des valeurs L, a et b précises :

  • L : représente la luminosité avec des valeurs de 0 à 100. 0% de luminosité représente donc du noir et 100% du blanc.
  • a :  les couleurs du rouge au vert avec des valeurs de -128 à +128
  • b : les couleurs du bleu au jaune avec des valeurs de -128 à +128

La représentation réelles des couleurs, les gamuts et le profil ICC

Cette valeur « exacte » de la couleur dans le profil L*a*b* n’est pas forcément représentable de la même façon par tous les appareils.

On parle alors de gamuts : le champ des possibles pour tout appareil qui reproduit des couleurs (un écran, un appareil photo, une imprimante, un scanner etc…).

Pour faire le lien entre le gamut d’un appareil et une couleur L*a*b*, nous utilisons des profils ICC (International Color Consortium). Ce sont des tables d’équivalences qui permettent à une machine X de reproduire la couleur Y du profil L*a*b* à l’aide d’un certain code.

Bien-sûr comme nous venons de le voir, chaque machine possède un espace de couleur représentable qui lui est propre dont voici quelques exemples :

A : Espace Lab B : Espaces colorimétriques indépendants d’une machine (RVB ou CMJN) C : Espaces colorimétriques dépendants d’une machine (source : Adobe)

Comment faire son choix pour des goodies

En résumé, ce que vous devez retenir de la théorie

  • Une couleur a une valeur officielle qui est définie par son code L*a*b*.
  • Pour copier le fonctionnement de l’œil, nous avons créé pour les machines des espaces colorimétriques définis en fonction de l’utilisation – RVB pour le web et CMJN pour l’impression – qui fonctionnent selon la manière de synthétiser les couleurs : soit en additionnant les couleurs soit en les soustrayant. Rappelez-vous de l’analogie avec la peinture ou de celle de l’arc en ciel.
  • Tous les appareils ne rendent pas les couleurs de la même manière. Ils possèdent donc ce que l’on appelle un Gamut qui définit les couleurs L*a*b* reproductibles par cet appareil. Pour réaliser les correspondances, on utilise ce que l’on appelle un profil ICC afin de reproduire une couleur « exacte » à l’aide d’un appareil.

Utiliser les profils ICC des imprimantes

Comme nous venons de le voir, la « couleur parfaite » doit être choisie en fonction de l’appareil avec laquelle on souhaite la reproduire. Vous commencez donc à comprendre à quel point ce travail peut être compliqué, surtout dans le web où un multitude d’appareils différents sont utilisés.

Dans le cadre de l’impression cependant, il est possible de réaliser deux actions :

  1. Calibrer son écran à l’aide d’un colorimètre afin d’avoir un aperçu de la couleur « réelle » telle que définie par son code L*a*b*
  2. Travailler à l’aide d’un logiciel qui supporte l’utilisation des profils ICC des machines d’impressions

Votre écran n’est pas le roi

Comme nous l’avons vu, chaque écran possède son propre gamut et donc sa gamme de couleurs reproductibles. Ce qui signifie que votre écran ne permet pas forcément de rendre compte de la couleur qui sera effectivement imprimée sur votre goodies.

Pour s’en assurer, il faut s’assurer que le gamut de votre écran comprend la couleur exacte que vous souhaitez imprimer. Ensuite, il faut calibrer votre écran à l’aide d’un colorimètre afin de faire en sorte que les couleurs que votre écran renvoie soient bien l’équivalent de votre teinte L*a*b cible. Enfin, il faut utiliser un logiciel comme photoshop qui vous permet de simuler le rendu d’une machine à l’aide de son profil ICC.

L’oeil pardonne toujours

Parmi les débats des marketeux, on retrouve chez les experts celui sur la perception des couleurs.

Les scientifiques les plus fougueux affirmeront que l’œil le plus performant est capable de voir jusqu’à 200 nuances de chaque couleur primaire (Rouge, Vert et Bleu) ce qui donne donc 8 millions de possibilités. D’autres part, les psychologues experts du marketing des couleurs font chuter cette estimation à 300 000 pour certains et même à 10 000 pour d’autres.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’œil pardonne toujours. Par expérience, un logo qui ne rend pas de la même couleur après une impression n’est jamais un problème, s’il est imprimé sans défauts et sur un support de qualité. On en revient à la définition d’un goodies d’entreprise de besight : un goodies beau, utile et durable.

L’auteur :

Wilfrid de Conti
Professionnel de l’engagement et de la brand advocacy

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.