Wilfrid DE CONTI
Wilfrid DE CONTI
Temps de lecture: 8 mn environ
Illustration par Fanny Lamouroux

Les goodies biodégradables font partie des tendances du moment. Sur le papier, cette solution peut paraître attrayante mais est-elle véritablement plus écoresponsable ? Voyons dans cet article ce qu’est un plastique biodégradable et ce que cela signifie dans le cadre des goodies.

C’est quoi un « biomatériau » ?

Le problème quand on parle de « bio » d’une façon générale, c’est que l’on a tendance à associer cela à quelque chose de bon pour la planète (ou pour la santé d’ailleurs). Lorsque l’on parle de goodies en plastique biodégradable, on imagine tout de suite que le produit n’a pas ou peu d’impact sur l’environnement. Or, la réalité est très différente.

Les bioplastiques ou plastiques bio sourcés

La plupart des plastiques bio sourcés proviennent de ressources consommables comme des céréales (blé, mais, …) ou des tubercules (betterave, pomme de terre, …). Ce sont les plastiques que l’on appelle bio comme par exemple le bio PE (Polyéthylène), le bio PET (polyéthylène téréphtalate) et le PLA (Acide polylactique).

On comprend donc rapidement que l’origine de la biomasse utilisée pour réaliser un bioplastique compte beaucoup. A l’image de la différence d’impact entre un coton bio et un coton non bio, la façon de cultiver change drastiquement l’impact final du bioplastique. Si la culture de la biomasse est intensive et très consommatrice en pesticides, est-ce vraiment logique de qualifier le matériau résultant de « bioplastique » ?

Il est important de noter que le plastique biosourcé ne peut l’être qu’à un certain pourcentage.

Aujourd’hui, les bioplastiques ne représentent qu’environ 1% du marché global des plastiques dans le monde.

Pour avoir une idée de la répartition actuelle des biomatériaux, voici un excellent graphique réalisé par European Bioplastics, une association « représentant les intérêts du bioplastique en Europe » :

En ce qui concerne la production, les champions sont pour l’instant les asiatiques :

Avec le point de vue critique d’un distributeur d’objets publicitaires, ce n’est pas forcément étonnant car la grande majorité de la production de goodies a été délocalisée en Asie. On voit néanmoins que l’Europe et les Etats-Unis sont respectivement les seconds et troisièmes plus gros producteurs.

Cela est dû au fait que le principal usage du bioplastique est le packaging à 65% en 2018 et que cette industrie est encore présente en Europe et aux Etats-Unis.

Enfin, voici un ordre de grandeur de la répartition des terres utilisées pour cultiver la matière organique nécessaire à la fabrication de bioplastique :

Nous avons encore de la marge avant que la culture dédiée au bioplastique devienne problématique. Néanmoins, le sujet est à garder en tête et à surveiller pour ne pas tomber dans une nouvelle dérive.

Source : https://www.european-bioplastics.org/market/

Les plastiques dit « biodégradables »

Un matériau est dit biodégradable s’il peut être décomposé sous l’action de micro-organismes (bactéries, champignons, algues…). Le résultat est la formation d’eau, de CO2 et/ou de méthane et éventuellement de sous-produits (résidus, nouvelle biomasse) non toxiques pour l’environnement. – Fiche Technique de l’ADEME sur les plastiques biodégradables.

En Europe, pour qu’un matériau soit considéré biodégradable, celui-ci doit être en mesure d’atteindre 90% de biodégradation en moins de 6 mois lorsqu’il est placé dans des conditions de compostage industriel (Norme européenne EN 13432, relative à la directive « emballages et déchets d’emballages (94/62/CE).)

Mais attention, cette norme n’est pas représentative du problème posée par la dégradation des plastiques. En effet, la rapidité à laquelle se dégrade un plastique dépend fortement du milieu dans lequel elle se produit. Et comme vous le savez probablement déjà, ce ne sont pas moins de 8 millions de tonnes de plastique qui sont déversées chaque année dans les océans (et non dans des composteurs industriels…). Voici d’ailleurs le compteur de déchets plastique rejeté dans les océans depuis le 1er Janvier 2019, proposé par le planetoscope :

En principe, tout plastique fini par se dégrader dans la nature. Pour réaliser un plastique biodégradable, il existe donc plusieurs solutions comme le mélanger avec des fibres naturelles (pailles, bambou, etc…) pour réduire sa teneur en plastique ou encore trouver d’autres formulations chimiques qui sont plus facilement dégradables. L’un des premiers développés a été le polyester poly(e-caprolactone) (PCL).

Une solution imparfaite dans un contexte transitoire

Le marché des goodies étant aujourd’hui un très grand producteur d’objet et donc de CO2, la piste des bioplastiques et plastiques biodégradables nous intéresse évidemment fortement

Afin de vous proposer un point de vue objectif sur les solutions proposées par ces matériaux pour réduire l’impact des goodies, voici un récapitulatif des avantages et inconvénients de chaque type de plastique :

Avantage/inconvénients des plastiques biosourcés

Inconvénients :

  • Matériau équivalent au plastique non recyclable une fois fabriqué
  • L’impact dépend fortement de l’origine de la biomasse

Avantages :

  • Réduction de la dépendance aux énergies fossiles 
  • Impact carbone réduit : la plante absorbe du CO2 pendant sa vie qui sera rejeté en fin de vie du plastique
  • Possibilité de créer des vraies filières de revalorisation des déchets organiques pour créer des bioplastiques

Avantage/inconvénients des plastiques biodégradables

Inconvénients :

  • Pas de filière de traitement aujourd’hui. Un plastique biodégradable est principalement incinéré aujourd’hui comme l’explique cette vidéo
  • Manque de transparence pour le consommateur
  • Manque de régulation

Avantages :

  • Opportunité de valorisation des déchets
  • Avantages techniques et économiques déjà concrets pour certains usages

Pour résumer notre point de vue, l’important est surtout de réduire la production d’objets à usage unique au profit d’objets vraiment durables. Ce point fonde le cœur de notre charte BUD : Beau, Utile et Durable conçue pour ne mettre sur le marché que des produits qui auront une durée de vie maximale.

Notre point de vue est appuyé par l’ADEME, comme précisé dans sa fiche technique sur les plastiques biodégradables :

L’ADEME rappelle qu’en matière de réduction de la quantité de déchets, la priorité est à la diminution des produits à usage unique et au réemploi.

Elle ajoute :

Le développement d’une offre de plastiques biodégradables peut s’envisager principalement pour des applications spécifiques à courte durée de vie avec un objectif de valorisation organique. Les filières de collecte et de valorisation doivent toutefois encore être mises en place pour le compostage industriel. Des efforts de clarification doivent être faits à destination des consommateurs, au travers d’informations claires sur la fin de vie de ces produits. Compte tenu d’une confusion autour de la définition du terme « bioplastique », l’ADEME préconise l’utilisation de la terminologie « plastiques biodégradables » ou « compostables », termes qui répondent à des normes et pour lesquels il existe des labels. En effet, un produit biodégradable n’est pas nécessairement biosourcé, et vice versa

Quelques sources :

  • Un excellent article sur les problèmes posés par le plastique : https://www.ecoconso.be/fr/content/cest-quoi-le-probleme-avec-le-plastique
  • La fiche technique de l’ADEME sur le plastique biodégradable : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/fiche-technique_plastiques_biodegradables-201611.pdf
  • La fiche technique de l’ADEME sur le plastique bio sourcé : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/adm00013766_adm_attache1.pdf
  • Norme EN 13432 : https://desbonneschoses.weebly.com/uploads/2/1/8/3/21832610/brve_description_de_la_norme_en_13432.pdf

Conclusion

Nous vivons dans un monde en transition : énergétique, sociale et climatique. D’une façon générale et assez paradoxalement, il n’existe pas de solution idéale pour apporter le changement nécessaire à ces bouleversements.

Néanmoins, pour nous assurer une transition climatique suffisante pour tenir en dessous des 2°C d’augmentation de la température d’ici à 2100, beaucoup de choses vont devoir changer. Et l’une des clés est la diversification des solutions plutôt que la globalisation.

Cessons donc d’être trop enthousiastes et de mettre tous nos œufs dans le même panier. Les bioplastiques feront forcément partie de la balance plus équilibrée de demain. Il faut donc que nous commencions à les intégrer dans notre quotidien tout en sensibilisant sur leur impact réel. N’hésitez pas à communiquer sur cet article auprès des personnes à qui vous offrirez un produit en bioplastique afin qu’il ou elle puisse y voir plus clair dans cette jungle d’informations souvent contradictoires.

L’auteur :

Wilfrid de Conti
Professionnel de l’engagement et de la brand advocacy

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